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La saga des héritiers de l’hôtellerie de luxe

Auteur: Esther Élionore Haldimann
Source : http://www.actu-cci.com/article/3869/
Date : 2 Mai 2011
Titre: La saga des héritiers

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Ce sont des hôteliers hors pair : ils préservent le passé, créent de la beauté et procurent du bien-être, et souvent depuis des générations. Quatre sagas pour quatre grands hôtels européens.

Le nouveau guide 2011 The Leading Hotels of the World dévoile, parmi ses 430 références, 23 histoires passionnantes de familles d’hôteliers qui ont su hisser leur patrimoine au goût du jour tout en confirmant les valeurs de leurs aïeux.

Schloss Elmau Luxury Spa & Cultural Hideawayhttp://www.schloss-elmau.de/

Ainsi, l’Allemand Dietmar Müller-Elmau, qui n’a jamais songé à reprendre un jour l’hôtel de ses parents : « J’ai vite compris qu’il est extrêmement difficile de gérer un hôtel, surtout si vous le possédez, car chaque critique vous touche personnellement », explique ce quinquagénaire dont le grand-père, le philosophe et théologien Johannes Müller, a fait construire en 1912 le château Schloss Elmau en Haute-Bavière. Dans cette résidence dévolue au recueillement et à la spiritualité, ils assistaient à des conférences, des concerts, outre les excursions dans un cadre alpestre superbe. Le grand-père Müller fut une sorte de consolateur en période difficile – après la Grande Guerre. Et ses traits de caractère se retrouvent chez son petit-fils Dietmar : front haut, regard tranquille, bouche fine, cet informaticien en veste bavaroise a sillonné le monde entier avec son fameux programme « Fidelio », un software de gestion hôtelière qui a connu un grand succès.
Bien avant sa naissance, son père Bernhard Müller avait transformé le Schloss Elmau en un hôtel de 60 chambres. Né en 1954, Dietmar se rappelle d’un « paradis » où il était parfois difficile de vivre : « Tous venaient en vacances et nous devions travailler… » Mais, en 2005, le feu ravage les deux tiers du château. Cette tragédie déclenche sa renaissance, entreprise par l’informaticien qui avait déjà acquis des parts de l’hôtel après avoir vendu son « Fidelio ». Après l’incendie, Dietmar décide de reconstruire le château avec un but précis : « J’ai construit l’hôtel que je n’avais trouvé nulle part ailleurs… », raconte ce père de six enfants. On comprend donc pourquoi les enfants y sont rois. Surtout, le Schloss Elmau Luxury Spa & Cultural Hideaway reste un refuge et un havre de paix entouré de magnifiques montagnes et de prairies. Son spa de 5 000 m2 est l’un des meilleurs du monde. Équipée d’un véritable hammam oriental, une zone est exclusivement réservée aux adultes, tandis que, dans une autre, les enfants et les familles s’amusent à leur guise. Cette dernière piscine est ouverte 24 h/24. Au titre des activités de l’hôtel : cours de yoga ou méthode Pilates et 200 concerts annuels de musique classique ou jazz et des rencontres littéraires pour offrir, selon Dietmar Müller-Elmau, « de la nourriture pour l’esprit… ».

Baur au Lac http://www.bauraulac.ch

Plus au sud, les Suisses ont depuis longtemps acquis la réputation d’être les meilleurs hôteliers du monde. Dans le centre historique de Zurich, à deux pas du Grossmünster (la « grande cathédrale »), de la Paradeplatz, de la Bahnhofstrasse et faisant face au lac, le Baur au Lac est une institution.
Un hôtel hors du temps quoique toujours dans le « mood ». Cette entreprise familiale compte 250 employés trilingues pour veiller sur 120 chambres et suites et assurer le service qui a beaucoup séduit dans le passé. La cour de Suède, l’impératrice d’Autriche-Hongrie Elisabeth alias Sissi, Marc Chagall, Thomas Mann, Alfred Hitchcock ou Brigitte Bardot… ont tous été des habitués de ces lieux qui appartiennent depuis six générations à la même famille. Le Baur au Lac est l’un des hôtels les plus anciens du monde détenu par la même famille.
L’Autrichien Johannes Baur le fait construire en 1844 au bord du Lac de Zurich. L’hôtel maintient une réputation de grande discrétion pour préserver le séjour de ses hôtes et le clinquant n’y a pas sa place. En 1852, Theodor Baur hérite l’ouvrage de son père. Attentif au progrès technique, il y fait installer un comptoir télégraphique, à l’époque, la noblesse européenne a pris le Baur au Lac comme pied-à-terre en Suisse. Emmy, la fille de Theodor, épouse l’hôtelier colonais Karl Kracht. Ce dernier agrandit l’établissement zurichois à sa taille actuelle : 17 000 m2, mais il décède jeune, en 1914, alors que ses fils, Fritz et Hermann, n’ont que 18 et 23 ans. Après la gestion intermédiaire d’un cousin, les deux fils reprennent le bijou des aïeux en 1916 et ainsi de suite jusqu’à Charles Kracht, père de l’actuel propriétaire, qui gère l’affaire à partir de 1949 et crée en Suisse le premier club et une cave riche de 700 000 bouteilles.
Les célébrités du cinéma accourent : Sophia Loren, Gina Lollobrigida, Audrey Hepburn. Aujourd’hui, on peut y croiser Richard Gere et, surtout, des dirigeants de la finance et de l’économie, des artistes et des architectes. De 60 à 70 % de la clientèle demeure fidèle, et souvent depuis des générations. Malgré le prix moyen de 900 euros par nuit, cet hôtel familial affiche un très bon taux d’occupation, de l’ordre de 80 à 90 %.
« Nous tentons de créer le classique en version contemporaine », souligne Andrea Kracht qui, avec sa mère et sa sœur, a repris le Baur au Lac après le décès de Charles Kracht en 1990. Pour Andrea Kracht, dont la ressemblance avec son arrière-arrière grand-père Theodor est frappante, la réussite d’un tel héritage passe par l’éducation. « Ce n’est pas qu’un hôtel, c’est un lifestyle. Nous travaillons pour les générations futures. Il est très important d’offrir la meilleure éducation aux enfants », explique cet homme convivial qui sait trancher quand il faut.
Il n’a pas grandi dans les murs du Baur au Lac, et prétend même n’avoir jamais subi de pression de la part de ses parents, la famille ayant toujours séparé la vie professionnelle et la sphère privée. Afin que le fils s’imprègne de la discrétion et de la distinction des élites, il a toutefois passé neuf ans dans le prestigieux internat international Le Rosey, près du Lac Léman. Il en a d’ailleurs gardé un léger accent français lorsqu’il s’exprime en suisse allemand.
Il vient d’achever, en 2008, les rénovations du siècle : depuis quinze ans, l’hôtelier a investi 160 millions de francs suisses (123 millions d’euros) en crédits et en capital propre. « Ces dernières années, c’est le progrès technologique qui exige des investissements considérables », souligne Andrea Kracht qui est, depuis 2010, Chairman de The Leading Hotels of the World. Alors, au Baur au Lac, il gère les grandes orientations et laisse la gestion du quotidien à son fidèle directeur Michel Rey, qui assure cette fonction depuis 1983, succédant d’ailleurs, lui aussi, à son propre père !

Capri Palace Hotel & Spahttp://www.capripalace.com

Autre caractère, autre style avec tenue décontractée et regard studieux. Croisé à Londres, l’Italien Tonino Cacace avoue de ne pas aimer les villes : « Je préfère la vie champêtre, l’authenticité, les petits endroits où l’on a le temps de penser. » Le grand brun aux yeux bleu azur vit en Toscane et à Capri où il possède l’un des hôtels de luxe les plus « arty » du monde. Le Capri Palace Hotel & Spa surplombe paisiblement les rochers de la Méditerranée, sur la pointe d’Anacapri, où Tonino est né.
Les Italiens, les Anglais et les Américains aisés ne se lassent pas de ce temple monumental qu’il a créé pour eux et pour lui-même. Anacapri, le village le plus haut de Capri, est édifié sur les vestiges d’un palais construit par Auguste et embelli par Tibère. A la fin du 19e siècle, l’arrière grand-mère de Tonino tenait la « Mariantonia », une auberge située au centre du village. Puis, ses parents Mario et Rita Cacace ont ouvert, en 1950, un grand magasin, cette fois sous le nom de « Mariorita » : ce fut un franc succès. Le couple décide alors de construire un hôtel, l’Europa Palace, ouvert en 1960. Ils obligent Tonino à étudier le droit à Naples, des études achevées avec un doctorat, mais qu’il trouvait très ennuyeuses. Ses véritables passions – les sciences humaines et les arts – deviendront son style d’hôtelier, pimenté de son charme irrésistible et de son goût exquis pour la beauté et la plénitude. Lorsque Tonino reprend l’hôtel de ses parents en 1975, il le fait entièrement restaurer. L’ancien 4 étoiles devient un 5 étoiles équipé d’une Beauty Farm et d’un Beach Club au pied des falaises de la belle Capri, exactement à l’endroit où accostaient jadis Aristote Onassis et Jackie Kennedy. Chez « Toni » pour les uns ou « Anthony » pour les autres, chaque espace est une œuvre d’art, le fond de la piscine ou ce mur blanc d’Arnaldo Pomodoro incrusté de fossiles et percé d’oculi vers la mer. Les voûtes et les colonnes du 18e siècle se marient avec l’architecture blanche de la Méditerranée. Collectionneur d’art, Tonino joue dans ces espaces avec des œuvres de De Chirico, Paladino ou Allen Jones, affichant ainsi humour et métamorphose. L’Art déco que le maître des lieux aime tant et le monde du cinéma noir et blanc servent de fil rouge comme pour la Penthouse-Suite, dédiée à sa cliente Gwyneth Paltrow : voûtes, colonnes, sol, literies, coussins, meubles, photos, tout ici entonne une symphonie en noir et en blanc. « Le style de Gwyneth Paltrow m’a inspiré ; elle a tout ce que j’aime, une élégance discrète, hors des modes », s’extasie Tonino qui a su créer un univers à la fois personnel et cosmopolite.

Palladio Resort Hotel & Spahttp://www.palladiohotelspa.com/

Une autre Italienne s’est battue contre vents et marrés, car ses détracteurs n’ont jamais cru à son projet. à Venise, au bord du Grand Canal, Francesca Bortolotto Possati a osé transformer le légendaire Bauers de son grand-père en deux hôtels, le très vénitien Il Palazzo et le Bauers Hotel, plus urbain et Art déco. Pourtant, cette mère de famille quadragénaire a l’air d’une jeune femme insouciante, au sourire facile. Cette passionnée de l’Antiquité et de l’art européen porte sans complexe un jean délavé et des escarpins rouges. Son style « hippie-chic » et son corps de mannequin sont à l’opposé de son Palazzo, un édifice du 18e siècle avec une façade gothique qui orne de ses balcons vénitiens le Canal Grande, à deux pas de la Piazza San Marco. « Je crois profondément que le futur se lit dans le passé », dit cette native de Venise. Son client a donc aujourd’hui le privilège de traverser le Grand Canal en bateau solaire, quand, à l’hôtel, il retrouve l’univers vénitien du 18e siècle : verres Murano, tapisseries, mosaïques, marbre, dorures, moulures et quelques pièces modernes selon les goûts de la « padrona » lors de la restauration effectuée en 1997.
Depuis lors, Francesca n’a cessé d’embellir son patrimoine : les deux hôtels Il Palazzo et le Bauers Hotel ont été enrichis d’un très beau spa au Palladio Resort Hotel & Spa, aménagé dans un couvent du 16e siècle avec vue imprenable sur le Grand Canal et le campanile, car situé en face du Palazzo sur l’île de la Giudecca, où l’on peut aussi louer une villa du 16e siècle entourée d’un jardin romantique. C’était le grand-père de Francesca, l’armateur ligurien Arnaldo Bennati, qui avait acheté l’Hôtel Bauers en 1930, une demeure typiquement vénitienne. Il lança des travaux durant plus qu’une décennie. Lorsque l’hôtel ouvre en 1949, équipé du chauffage central et de l’air conditionné, il est l’un des plus modernes de la Sérénissime. Et aujourd’hui, sa petite-fille est la seule femme-hôtelière de Venise. 

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